Nermine Hammam
Nermine Hammam (née en 1967) est née au Caire et s’est formée au cinéma à la Tisch School of the Arts de l’université de New York. Elle est surtout connue pour ses œuvres photographiques, qui associent un propos social et politique aux codes de la culture populaire et de la photographie commerciale, introduits dans l’image par le collage et la retouche numérique. Ses œuvres figurent dans les collections du Victoria and Albert Museum, du Wereldmuseum d’Amsterdam et de l’université de Durham. Elle vit et travaille entre Le Caire et Londres.
Mot de l’artiste
Les bords d’une photographie peuvent faire entrer autant de choses qu’ils en excluent. C’est ce dont je me méfie le plus en photographie, et c’est là que le travail commence.
Une photographie est prise, puis modifiée, superposée, repeinte, jusqu’à ce que l’image revienne transformée. L’image finale n’est pas un enregistrement. C’est le reste de ce que l’image tentait de cacher.
Il arrive un moment où un symbole cesse de s’obéir à lui-même : quand un soldat paraît fragile, quand une cérémonie révèle la violence, quand un corps en transe devient politique. C’est dans les images familières que le pouvoir se cache le mieux, et c’est là qu’il peut être défait. Le travail revient sans cesse à des corps pris sur un seuil : entre la peur et le rituel, le militaire et le tendre, le public et l’intime. C’est sur ce seuil que la surface commence à se déchirer.
Mon travail repose sur le cinéma : séquences, montage, pauses, arrêts sur image. Même immobile, une œuvre garde la tension de quelque chose qui se trouve hors du champ, qui se produit ou va se produire, à la limite.
La beauté n’est jamais neutre. Les surfaces séduisantes, l’ornement et les couleurs picturales ralentissent le regard, non pour adoucir la violence, mais pour attirer le spectateur par le plaisir et le laisser seul face aux structures qui la sous-tendent : le genre, le militarisme, la foi, l’empire.
Depuis les révolutions, la confiance entre l’image et le spectateur s’est effondrée. Je ne cherche pas à la restaurer. Dans mon travail, je me demande ce qui reste quand une image cesse d’obéir au récit qu’elle devait servir.



